Témoignage de Marie SIKIC / Bac pro Métiers de la mode Vêtements

Marie Sikic

Depuis quand es-tu attirée par la mode/la création et quand t’es tu lancée dedans ?

Dès l'adolescence, je m'amusais à transformer mes vêtements avec les moyens du bord, je ne savais pas coudre mais j'utilisais des épingles à nourrice, je coupais les manches ou bien j'agrémentais mes tenues de foulards ou de morceaux de tissus autour des hanches par exemple. J'ai toujours été attirée par les vêtements de seconde main : très jeune j'allais déjà en dépôts-ventes ou au secours populaire avec ma mère et c'est l'idée de dénicher le vêtement que personne n'aurait qui me plaisait. L'idée aussi de ne pas forcément trouver à chaque fois quelque chose d'intéressant, la frustration fait partie des émotions que connaissent bien tous les chineurs.

Marie SikicTe former dans le métier de la mode n’a pas été simple. Peux-tu nous raconter ton parcours scolaire et professionnel ?

Après un bac général, un BTS diététique et quelques années d'errance professionnelles, c'est grâce aux conseils de ma sœur et de ma très proche amie Laure que j'ai réalisé que ce qui était un passe-temps pouvait devenir mon métier.

J'ai alors décidé de tenter le CAP prêt-à-porter pour apprendre à coudre dans un premier temps. Ayant déjà un niveau bac, il n'a pas été facile de faire comprendre à la société, que non je voulais pas aller en BTS tout de suite, je voulais faire les choses dans l'ordre qui me paraissait le plus logique : apprendre à se servir de ses mains et des machines à coudre avant de prétendre à concevoir des vêtements avec un ordinateur.

Grâce au lycée Myriam, j'ai pu valider ce CAP en 1 an et le BAC PRO Mode-Vêtement en 1 an à la suite. Lors des stages, j'ai découvert le métier de modéliste qui m'a donné envie de continuer mes études.

Je suis donc partie à Nîmes pour enchaîner sur le BTS Mode-Vêtement et la licence professionnelle en alternance Création, conception et développement de produits textiles et dérivés.

J'ai fait cette alternance en tant que modéliste chez Teddy Smith à Albi, cette première expérience dans l'industrie de l'habillement a été révélatrice : la réalité était éloignée des programmes scolaires, j'ai eu du mal à trouver du sens à mon travail...

Ensuite, c'est en tant que coordinatrice de production que j'ai été embauchée chez Cacharel à Paris. Un poste hyper diversifié et très formateur, le service production est central dans une entreprise : j'étais en lien avec le style, l'atelier, la comptabilité, les commerciaux, le PDG de l'entreprise mais aussi les fournisseurs (tissus et toutes les fournitures) et les façonniers (entreprises qui s'occupent de réaliser les patrons, les prototypes et de faire fabriquer les séries de modèles dans des ateliers en Europe).

Tu as beaucoup globe-trotté. Est-ce pour cela que ta marque s’appelle « adroite à gauche » ?

Oui, Adroite à gauche c'est à la fois le clin d'oeil à ces étapes géographiques de ma vie qui m'ont fait grandir mais dans cette expression il y aussi la notion d'aller au hasard, sans discernement, c'est un peu comme ça que je crée : je me laisse porter par les trouvailles, par les formes, je tente, je défais et je refais. C'est comme ça qu'on chine aussi : « en cherchant à droite à gauche ».

Adroite à gauche, veut aussi dire « pas si maladroite de ma main gauche ! ». Je suis gauchère, le mot gauche signifie d'ailleurs maladroit et encore beaucoup de personnes ont cette perception des gauchers, j'ai eu ce genre de réflexions en stage de couture par exemple.

Pourquoi avoir choisi de travailler des tissus recyclés ?

Aujourd'hui le monde est déjà engorgé par les textiles produits par la fast-fashion, tout va trop vite, les volumes sont énormes et la majorité des gens consomment la mode à très bas prix sans de poser aucune question. Utiliser des vêtements recyclés (les porter ou les utiliser comme matière première) est une manière de court-circuiter ce système et de sensibiliser les gens au fait qu'un vêtement peut avoir une histoire, plusieurs vies, il permet d'être unique quand on le porte.

Marie Sikic CoussinsQuelle est la difficulté lorsque l’on travaille à partir de textiles recyclés ?

Créer à partir de vêtements existants c'est se rajouter des contraintes, il faut bien observer le vêtement avant d'envisager quoique ce soit : n'est-il pas tâché, troué ou trop bouloché ? Mais c'est justement ces contraintes qui peuvent donner des idées : ce tee-shirt à des motifs magnifiques mais il est jauni sous les bras, pourquoi pas en faire un bustier pour prolonger encore un peu sa durée d'utilisation par exemple.

Et puis avec les textiles recyclés pas le droit à l'erreur, on n'a qu'une chance d'arriver à ce qu'on veut, pas de prototype, pas d'essai possible, il faut oser et ne pas avoir peur de se tromper.

Où peut-on acheter ta collection ?

Je ne travaille pas sous forme de collection à proprement parler pour l'instant, j'essaie parfois de faire des mini-séries ( blanc/crème/dentelles/broderies anglaises par exemple). Je crée aussi des accessoires avec les chutes de mes autres productions pour minimiser au maximum mes déchets. J'aime aussi travailler la toile de jute recyclée.

https://www.facebook.com/Adroiteagaucheupcycling

https://www.etsy.com/fr/shop/Adroiteagauche

https://www.instagram.com/adroite_a_gauche

Tu es hébergée dans une couveuse d’entreprise. En quoi consiste précisément ce dispositif ?

La couveuse d'entreprise permet de tester son projet dans un cadre légal, dans les conditions réelles du marché. Concrètement, elle accompagne, au moyen de rendez-vous personnalisés ou de formations collectives, un porteur de projet pour lui apprendre le métier d'entrepreneur. Immatriculer une micro-entreprise est très simple mais gérer son entreprise n'est pas simple. C'est un dispositif que je conseille à tout le monde, l'accompagnement est une étape importante pour poser les bases de son activité, pour prendre le temps de se poser les bonnes questions.

Quelles sont tes ambitions pour l’avenir ?

En ce moment je travaille sur un projet de boutique éphémère avec d'autres artisans-créateurs, elle sera éphémère pour le moment mais je rêve de pouvoir ouvrir une boutique-atelier dans laquelle je donnerais aussi des cours de couture axés sur l'upcycling.

 

Quels conseils donnerais-tu à un étudiant voulant devenir styliste ?

Je n'ai pas fait ce cursus mais j'ai eu l'occasion de fréquenter des stylistes, ce qui m'a marqué chez eux est leur singularité, la faculté qu'ils ont d'être eux-mêmes et de cultiver leurs différences. Mon conseil serait : restez ouverts, réceptifs à tout ce qui vous entoure, tout peut être inspirant tout est question de point de vue.

 

Interview réalisé par Cendrine Krempp

Marie Sikic Sac